Après de nombreux reportages et livres sur le harcèlement moral en entreprise, son antidote est apparu aux États-Unis, dans l’univers des start-ups : le happiness manager, ou chief happiness officer (CHO), le « responsable du bonheur » des équipes.
Un temps considéré comme un gadget par les médias, son rôle est bien plus sérieux : il doit contribuer au bien-être et en conséquence à la motivation des salariés, grâce à un environnement de travail agréable, une bonne ambiance au bureau ou dans les réunions en externe, lors des séminaires par exemple.
Ultérieurement, le happiness manager doit participer à l’amélioration de la qualité de vie au travail (QVT) pour, sans augmenter directement les rémunérations, accroître la productivité, réduire le turnover et attirer les meilleurs talents.
Les missions concrètes du happiness manager
- L’organisation des événements d’entreprise, comme les séminaires de team-building, les fêtes informelles (Secret Santa, anniversaires, pots de départ, retour de congé maternité, etc.) ou plus formelles. Il peut accompagner l’équipe marketing pour marquer un événement important dans la vie de l’entreprise comme un rachat d’un concurrent ou l’obtention d’un prix. Il sera en tout cas au cœur des événements professionnels et de l’organisation et aura en particulier la responsabilité de choisir un lieu pour son séminaire. Plus l’endroit est beau et les activités surprenantes, plus sa mission sera réussie.
- L’amélioration des conditions de travail, grâce à une rénovation ou une réorganisation des bureaux. La table de baby-foot n’est pas indispensable ! En revanche, un nombre suffisant de salles de réunions avec un bon équipement de projection, des espaces pour pouvoir déjeuner en paix si aucune cantine n’est accessible et des machines à café/thé performantes sont des atouts pour faciliter les échanges et réduire le stress des collaborateurs. De plus en plus, les employeurs proposent aussi des équipements qui luttent contre la sédentarité, avec des bureaux à hauteurs variables ou à pédales.
- La communication interne en face à face. Le meilleur intranet est moins efficace qu’un moment de discussion pour faire prendre conscience d’un souci entre deux équipes ou la nécessité de changer la fréquence du ménage… La pertinence du happiness manager est souvent invisible en surface, mais essentielle pour le bon fonctionnement de l’entreprise.
- L’amélioration du « onboarding ». L’accueil d’un nouveau collaborateur, surtout d’un jeune, est un moment crucial. Si la personne arrive sans être attendue, sans posséder un poste de travail dédié, et qu’il reçoit juste un livret d’accueil, l’impression est forcément négative. Alors que si son arrivée se passe à l’heure de la pause, qu’il est accueilli et peut donc identifier ses futurs collègues de bureau dès le départ, la suite de son intégration sera plus aisée.
Les limites du métier de happiness manager
Améliorer l’ambiance, créer des équipes motivées ne peut avoir lieu sans politique globale d’entreprise bienveillante. Des bureaux décorés avec des plantes vertes impressionnantes ne peuvent régler des problèmes d’injustices ou faire baisser des nuisances sonores. Le happiness manager doit pouvoir compter à la fois sur une équipe RH et sur une direction qui écoute, entend et prend des décisions favorables à l’entente entre tous. Une politique interne en faveur de la diversité, une pyramide des âges équilibrée et des séminaires d’entreprise qui laissent un temps libre non encadré peuvent être de bonnes pistes pour déceler une politique RH de qualité, qu’un bon happiness manager peut seulement améliorer.
La fonction du happiness manager existera-t-elle toujours ?
Depuis deux ans, le télétravail reflue, comme la présence de happiness managers dans l’entreprise. Pourtant, la fonction a perduré, sous d’autres appellations, comme les Responsables de la vie d’équipe. Le rôle s’est décentralisé et peut désigner une tâche tournante, avec un membre de l’équipe qui prend cette fonction en charge de manière tournante. C’est le cas d’une grande enseigne de distribution française, dans laquelle les magasins participent à cette mission, à l’échelle locale.
Du côté des États-Unis, les choix politiques actuels privilégient plutôt le bossisme (« il faut satisfaire le boss à tout prix ») et réduit le bien-être en entreprise à un minimum. Un environnement économique en récession ne facilite pas la multiplication des postes dédiés au bien-être et à l’écoute des besoins, sauf à avoir compris l’impact réel sur les résultats de l’entreprise.
